2011 – Mon bilan mobile
Je n’aime pas parler de prospective, ni n’ose me risquer à jouer les Paco Rabanne du mobile, – puisque comme vous le savez une semaine dans le grand monde de la mobilité équivaut à environ 6 mois dans le monde réel – mais puisque l’heure est aux marronniers et autres bilans annuels je voudrais revenir sur 2011 aperçu par la lorgnette de la mobilité.
Et de me rendre compte que Loïc Le Meur a eu le nez creux en intitulant son grand barnum Le Web : Social Local Mobile.
Parce que je ne vois pas de meilleure manière de résumer en trois mots ce qui a fait les grandes tendances en mobilité cette année, ou le mobile a réellement pris les commandes du monde! Je m’arrête un instant à la mémoire de tous mes confrères, ex-collègues, éditeurs, entreprises qui ont redoublé d’effort ces douze dernières années pour arriver à vendre des service audiotel, SMS, wap, internet mobile, applications, à passer un temps inouï à développer la pédagogie de leurs prospects et clients, à tenter de les convaincre que oui un jour madame Verrouillères aura dans son sac à main un téléphone avec lequel elle surfera sur le web comme si c’était une évidence, toutes ces années aussi à essayer de convaincre les responsables marketing des entreprises que non, non non, il n’existe pas que l’iPhone…. Posons quelques secondes de silence, pour fulminer d’une joie intérieure…. Cette époque est révolue.
En 2011, les êtres humains ont envoyé huit milliards de milliards de SMS. Un américaine de 15 ans moyen allant jusqu’à envoyer environ 109 messages par jour, enfin inclus sans limite au forfait de l’opérateur qui doit quant à lui trouver des méthodes pour rivaliser avec les géants de la Silicon Valley pour ne pas devenir un simple tuyau sur lequel transite des données.
En 2011 l’homme s’est découvert homo « statuspheriens », et l’humanité s’est prise d’une passion pour la production de courts messages sibyllins sur les réseaux sociaux vantant les mérites de nos marques personnelles ou la haute qualité de nos activités quotidiennes. 2011 a fait de nous, aussi, hédonistes dans un doux plaisir voyeur quant aux productions philosophiques type “j’ai mangé du tiramisu”, « ou mais quelle tronche de cake cet agriculteur de l’amour est dans le pré » de nos amis. Mieux encore, ce qui était une tendance du web en 2010 est devenu un raz de marée mobile l’année écoulées. Facebook a vu croître de 166% ses usages mobiles en une seule année. Soit désormais plus de 350 millions de facebooknautes mobiles. Twitter n’a pas été en reste, puisque la société à l’oiseau bleu est allée jusqu’à comptabiliser plus de 103 millions de tweets mobiles par jour. … Mobilité qui semble une évidence existencielle pour un réseau de mini message en 140 caractères né sur les cendres d’un outil d’envoi de SMS. Tout le monde s’y est mis. Du politique au banquier, de notre fébrile inconnu retranché sous son pseudo Twitter à notre patron qui y poste son agenda… Tout le monde je vous dis. Enfin, parfois, ce sont les services communication et les community manager payés au lance pierre qui s’en chargent (comme ne s’en est pas caché François Bayrou cet année, étendard de la tendance), mais tout le monde s’est mis à partager ses réflexions existentielles, les premiers pas du rejeton, le défi politique ou les grandes causes nationales via les réseaux sociaux. Même qu’on les réseaux sociaux ont réussi à changer le destin d’une caissière abusivement licenciée pour avoir mis à gauche des bons de réductions pour un restaurant rapide. Si c’est pas une preuve de la force des masses populaires connectées ça… arf arf.
Le genre humain a été avide d’informations prises et données à son réseau. Il ne cesse de signaler à ses amis non seulement ce qu’il fait et ce qu’il mange, mais aussi où il passe ses journées. En 2011 Foursquare la société qui propose à tout un chacun d’enregistrer sa présence dans les lieux les plus divers a dépassé la barrière du milliard de checkins.
L’homme partage de plus en plus virtuellement – ce qu’il n’arrive plus à partager dans la vraie vie. Le vrai, l’authentique, le charmant, le beau – un quart des photographies prises sur la planète sont désormais réalisées avec le mobile. On en fait des messages, des albums, des livres (et on se rappelle que Nikos Aliagas a même tenté cette année un livre de ces photos de Paris prises avec un iPhone… semi succès apparemment). Ce faisant le journaliste et animateur télé a contribué à sa façon aux 26 photos/ secondes constatées postées sur le vrai faux réseau social photographique Instagram, celui qui offre à l’utilisateur de mettre des filtres néo-rétros sur les photos prises avec l’APN des téléphones mobiles dont les 8Mpixels s’imposent comme une nouvelle norme du marché. Les Européennes ont été constatées en ligne sur les réseaux sociaux plus de 8,2h ces derniers mois de l’année, à peine moins 6,3 h pour les garçons…
Mais l’homme partage aussi son vécu, son désir de liberté, de changement. Avant que de se transformer en démocraties fragiles et parfois religieuses, la plupart des révolutions du moyen orient ont eu recours aux réseaux sociaux et à plus forte raison à la téléphonie mobile comme vecteur de changement. Comme instrument de révolte. Il faudra attendre quelques mois ou années encore pour se rendre compte si réellement le pouvoir des mots partagés via les réseaux téléphoniques ou sociaux sont capables de se libérer totalement des dictatures et de l’intolérance, mais 2011 aura été l’année où la Terre s’est rendu compte que désormais tout le monde peut prendre la parole, qu’on peut parler en étant inconnu, qu’on peut manipuler l’opinion en se faisant passer pour un homme du peuple sur facebook, qu’on peut se rassembler aussi pour changer le monde à coup de status et de messages instantanés. Les moines birmans avaient ouvert la voie. Youtube et les films enregistrés sur les cartes mémoire ont montré qu’on pouvait délocaliser le conflit. L’iran a d’ailleurs bien failli basculer quand les manifestations se sont vues médiatisées et que des photos de militants blessés ont circulé vite via les réseaux, trop vite parfois, imposant aux journalistes de réapprendre sur ces nouveaux vecteurs de médias les règles de la vérification de source que leur métier d’information impose. Puis ce fut la Tunisie, l’Egypte, la Libye… Même le Maroc et l’Algérie ont frôlé de peu une révolution qui se répand comme un rdv facebook. Sauf en Syrie.
Les réseaux télécoms sont devenus un enjeu du pouvoir. Internet mobile est coupé aux premières heures de la révolte égyptienne, il est maltraité en Syrie ou l’opposition travaille de concert avec des hackers pour libérer la parole numérique le plus possible. En 2011 on a appris aussi, que la plupart des gouvernements du monde sont capables de tracer nos faits et gestes mobiles, que nombreuses entreprises chéries pour la beauté de leur téléphones sont capables de vendre aux dictateurs des “panic buttons” qui coupent un réseau à la demande. Plus près de nous, quand des jeunes cagoulés ont décidé de mettre la panique dans la vénérable cité londonienne, s’est même posée la question de leur couper l’accès à leur BlackBerry messenger pour leur compliquer la tâche de regroupement de ce filage à l’Anglaise. On s’est insurgé aussi, quand on s’est rendu compte que Facebook utilisait nos données mobiles comme des éléments commerciaux, que Google et Apple connaissent tous nos faits et gestes mobiles, pour des raisons obscures, remontées chaque nuit à la firme de Mountain View; ou que les opérateurs eux-même implémentent CarrierIQ pour comprendre ce qu’on fait avec notre mobile en main toute la journée. Nos mouvements sont devenus enjeux de leur gagne pain.
L’homme veut être en ligne. Ou du moins, le marketing et les nouvelles technologies lui font accroire. Il veut consommer des applications, mais pas forcément les payer. En 2011 l’ipad n’a pas sauvé la presse. Pourtant il se télécharge plus d’un milliards d’applications par mois dans le monde, à l’usage des téléphones mobiles. Apple a annoncé avoir dépassé le cap des 18 milliards d’applications téléchargées dans son magasin. Et Google talonne de près ces dernières semaines. Plus de la moitié du top 200 des applications iPhones est en modèle freemium, mais Apple a annoncé en 2011 avoir reversé plus de 3 milliards de dollars aux développeurs d’application. et s’être gardé 30% sur chaque vente, mais ça la firme ne la pas communiqué.
Les actionnaires eux ont bondi de joei, et sur l’occasion. En 2011 Apple a été la firme la plus valorisée en bourse au plus fort du plongeon des places financières. Jobs comme valeur refuge d’un monde sans travail (la france a annoncé à 10% soit son plus haut taux de chômage depuis 2000). Le gourou numérique rassembleur des économistes… Mais cétait là sa dernière cène et l’homme a tiré sa révérence à l’automne terrassé par un cancer du pancréas avec lequel il luttait depuis de nombreuses années. Son décès n’a pas quant à lui occasionné de plongeon financier, mais des fidèles en larmes comme à l’annonce du décès de Kim Jong sont bel et bien venus pleurer leur détresse de consommateur devant les Apple store. Pendant ce temps, les utilisateurs téléchargent des applications. Même si apparemment le nombre moyen d’application par téléphone et utilisateur a été en très légère baisse cette année. Non que le consommateur devienne plus plus sage, il maîtrise mieux ses outils, devient plus critique, plus routinier. Le mobile fait partie de sa vie, il est devenu à son image. Ca fait peur. Un peu. Andy rubin, monsieur Androïd, a annoncé il y a quelques jours que désormais ce sont plus de 700 000 terminaux Android (l’os de Google) qui sont activés chaque jour. Un paquet de monde dans le monde (et 18% des Français de 25 à 35 ans) . Et quand on sait qu’un utilisateur sur 4 dans le monde possède aujourd’hui un téléphone avec un OS de la marque de l’androïde, qui est devenu le deuxième OS dans le monde après le Symbian de Nokia et devant l’iOs d’Apple… on se dit qu’un jour on greffera le téléphone directement dans nos paluches. 4 français sur 10 sont équipés d’un smartphone en 2011. Il y a désormais plus de mobiles que de population dans le monde…. Téléporte-moi Scottie.
Et tout ça consomme de la donnée. En 2011 les opérateurs français nous ont laissé entendre qu’ils étaient trop assaillis de demandes. Les analyses les plus optimistes parlent d’une augmentation de 1800% de la consommation de données par le réseau à horizon 2015 dans le monde. Pensez-donc les pauvres. Ils voudraient qu’on les plaigne. Ils ont commencé à parler d’offres freemium où on aurait des contenus en plus si on payait plus. Sur le modèle du Deezer avec Orange. Mais personne n’a osé encore vraiment lister ce qui serait un service PLUS dans un internet fixe et mobile neutre comme on a pris l’habitude de les aimer. Et puis Free est venu jouer le poil à gratter en fin d’année. A coup d’annonces potaches: « attendez-vous à du lourd ». Free, le supermarché du mobile moins cher, le Jules Edouard Leclerc des réseaux…. Pendant ce temps Eric Besson validait les offres de Bouygues, SFR et Orange dans les licences 4 G en France et rejetait l’offre financière de free. Les fréquences libérées par la fin de la télé hertzienne et les autres. Arrivée prévue sur le marché début 2012.
2012… L’année où on changera le monde, où les indignations multiples conduiront à des évolutions concrètes du genre humain et de sa façon de penser, où on saura si les antennes nous détruisent la santé ou pas, s’il convient de les cacher dans des fausses cheminées ou pas… mais ceci est une autre histoire. Non?
Denis Verloes











