Proxima Mobile – Entretien avec Nathalie Kosciusko-Morizet

4 mai 2010 1 Commentaire

nkmComment est née l’idée de Proxima Mobile, portail de services mobiles à l’usage du grand public ?
L’idée d’un portail de services aux citoyens sur mobile est née de l’observation de l’évolution des usages d’Internet qui se sont progressivement rapprochés de la vie quotidienne des citoyens. C’est dans cette perspective que nous avons souhaité créer le portail Proxima Mobile. Dans le même temps, les évolutions technologiques et économiques de l’Internet mobile constituent une opportunité pour le secteur de technologies en France. C’est pourquoi j’ai souhaité inscrire l’appel à projets Proxima Mobile dans le volet numérique du plan de relance. Ce portail qui est coordonné par la Délégation aux Usages de l’Internet est, il convient de le rappeler, une première européenne. Nous avons depuis été rejoints par nos voisins britanniques et bientôt par nos homologues américains.

Pourquoi selon vous est-il important que l’État investisse et s’investisse dans la promotion des services mobiles ? Est-ce une forme de signal « officiel » qui annoncerait au grand public et aux commanditaires de services que le mobile est enfin sorti de l’ordre du gadget pour « public averti » ?
L’enjeu est de développer un large écosystème des services sur mobile en France et plus largement en Europe. C’est un secteur qui est devenu véritablement stratégique pour les acteurs du numérique et, plus généralement, pour l’ensemble des acteurs économiques. Ainsi, qu’il s’agisse du transport, du tourisme, du développement durable ou des métiers culturels ou même de la distribution des biens de consommation, la quasi-totalité des secteurs d’activité auront à maîtriser puis à développer des services basés sur les technologies de l’Internet mobile. Les acteurs publics ont un rôle majeur à jouer dans le développement de cet écosystème des services mobiles, par exemple en facilitant l’accès aux données publiques. Les données géolocalisées mais aussi culturelles et environnementales dont disposent l’État et les collectivités territoriales constitueraient ainsi un formidable tremplin pour l’essor de nouvelles générations de services sur mobiles.

A contrario, ne craignez-vous pas de promouvoir, via Proxima, des services ou des usages qui ne s’adressent qu’à une portion congrue de la population, relativement urbaine et globalement aisée ?
J’ai insisté pour que les services créés au sein du portail Proxima Mobile soient utiles et accessibles par l’ensemble de la population. Ces services couvrent l’ensemble des champs liés à la vie quotidienne. C’est aussi la raison pour laquelle les services Proxima Mobile devront nécessairement être gratuits. Par ailleurs, nous devons redoubler de pédagogie afin que ces services se développent également auprès des primo-utilisateurs d’Internet, et en particulier auprès des seniors. Ils pourront bénéficier, sur leurs téléphones mobiles ainsi que sur les tablettes interactives, d’un accès plus facile aux services d’Internet que sur les ordinateurs traditionnels.

Pensez-vous, à l’échelle de la France, que le téléphone sera pour de nombreuses personnes le point d’accès principal – sinon unique – à Internet, comme plusieurs études le prédisent au niveau mondial ?
Les terminaux mobiles (qu’il s’agisse des téléphones, des tablettes interactives ou bientôt d’autres dispositifs) sont amenés à devenir l’un des modes d’accès essentiels à Internet dans les années à venir. En France, la croissance des usages de l’Internet mobile est déjà très forte puisqu’en un an la population des mobinautes a plus que doublé. Les évolutions du paysage de l’Internet se produisent à un rythme tellement rapide que plusieurs études prévoient le croisement entre les courbes du nombre d’internautes « fixes » et de « mobinautes » dans les trois prochaines années !

La définition de l’appel à projet était volontairement large. Les sélectionnés, sont au nombre de 68. Comment s’est effectuée la sélection des projets retenus ? Quels ont été les critères objectifs de sélection ? Comment s’est opéré le choix de financement des projets ?
En premier lieu c’est le caractère d’intérêt général et l’apport de ces services à la vie quotidienne de tous les citoyens qui ont été évalués. Les aspects liés à l’accessibilité des services ont également fait l’objet d’une attention particulière par le jury de sélection du portail Proxima Mobile. Nous sommes en ce sens particulièrement attentif au développement d’interfaces innovantes et ergonomiques pour les nouveaux services Proxima Mobile. Par ailleurs, j’ai souhaité que la participation de PME innovantes soit privilégiée au sein des projets sélectionnés. Comme le démontre l’histoire des services en ligne, ce sont le plus souvent des petites entreprises qui ont été en mesure de développer des services innovants sur Internet. Ces sociétés peuvent s’adosser aux ressources des établissements publics pour créer des services utiles à l’ensemble des citoyens et c’est ainsi que se renforce le lien entre acteurs publics et petites entreprises.

Y avait-il des critères liés aux langages de programmation utilisés, aux terminaux de destination ou à la compatibilité maximale avec le parc d’utilisateurs ?
L’interopérabilité est en effet l’un des critères essentiels pour le développement des services du portail Proxima Mobile, afin qu’ils soient largement accessibles sur l’ensemble des plateformes mobiles. Sans récuser toutefois les services qui ne seraient dans un premier temps disponibles que sur l’une des plateformes. J’ajoute que l’interopérabilité doit aussi être entendue au sens des formats de documents et des informations qui sont transmises grâce à ces services. La pérennité des services que nous avons aidés à créer sera aussi liée à l’ouverture des interfaces de programmation, qui devront permettre à de nouveaux services d’être élaborés en prenant appui sur les services existants.

Y a-t-il eu des surprises ? Des univers de service que vous imaginiez voir apparaître qui n’ont finalement pas été représentés ou, inversement, des types de services que vous n’imaginiez pas voir apparaître dans le cadre du projet ?
Toutes les catégories de services sont représentées au sein du portail, depuis l’emploi jusqu’au développement durable en passant par le tourisme ou la vie locale. L’une des tendances qui prend de l’ampleur correspond à l’utilisation du mobile en lien avec d’autres dispositifs liés aux objets du quotidien. Vous avez par exemple Proxi Produit, qui vous permet de lire les codes barres lorsque vous faites vos achats, ou encore le service Jeux Vidéo Info Parents, qui permet de consulter directement depuis votre téléphone portable la fiche explicative du jeu que vous êtes en train d’acheter pour votre enfant. Tous ces usages montrent le chemin vers des services qui seront connectés à l’ensemble des objets du quotidien. Cet « Internet des objets », comme on l’appelle déjà, constitue une perspective essentielle pour les acteurs des TIC en Europe.

Au-delà du mécénat au développement de services innovants, que pensez-vous que les entreprises participantes retirent de leur labellisation « Proxima mobile » ?
Il s’agit déjà un premier élément de visibilité pour ces entreprises, et leur présence sur le portail leur permet de trouver de nouveaux partenaires pour mener à bien leurs projets. Ensuite, pour les porteurs de projets, le Forum du portail Proxima Mobile a vocation à servir de gisement d’idée sur les services que les citoyens souhaiteraient voir se développer. Enfin, les services labellisés Proxima Mobile peuvent valoriser ce label comme un gage de qualité dans l’ensemble de leurs démarches de communication, afin de se démarquer, de faire la différence, sur un marché des services mobiles de plus en plus dense.

Est-ce que l’initiative Proxima Mobile continue au-delà de l’appel à projet avec subvention, pour des éditeurs qui souhaiteraient proposer de nouveaux services/applications ? Plus globalement, comment le label Proxima Mobile va-t-il promouvoir un certain type d’application au-delà de la période de communication ? Quels seront les critères principaux de l’octroi du label ?
Le lancement du portail Proxima Mobile a permis également de donner le coup d’envoi à la campagne de labellisation des services d’intérêt général sur mobile, et sur les mêmes critères qui ont prévalu à la sélection des services dans le cadre de l’appel à projets. Sur la forme, en plus de la qualité et du caractère d’intérêt général de ces services, leur ergonomie et leur accessibilité seront des éléments clés pour l’obtention du label. Sur le fond, je souhaite notamment que l’on donne du champs aux services qui ont un large impact social, et à ce titre, les services liés à l’emploi seront étudiés avec un soin particulier.

Est-ce que l’initiative Proxima mobile peut servir aussi à promouvoir les richesses touristiques du territoire français à travers des applications/services sur Smartphones ?
C’est déjà le cas puisque de nombreux services présents sur le portail ont été développés par des institutions culturelles ou des collectivités locales dans le but de valoriser les territoires. C’est par exemple le cas avec le service présenté par la Région Bourgogne ou le service touristique mis en place pour le Département du Var. C’est aussi le cas de l’initiative Culture Clic qui présente, grâce aux technologies de la réalité augmentée, des œuvres disponibles dans de nombreux territoires. Le développement de l’économie numérique, tout particulièrement au décours de la crise qui touche l’ensemble des économies européennes, doit avoir pour objectif la création d’emplois non délocalisables. Les services de l’Internet mobile permettront ainsi la création d’emplois qui seront moins délocalisables que ne l’étaient jusqu’ici les emplois liés aux services en ligne traditionnels. De fait, là où il était possible de traiter à distance les données issues des services de l’Internet, les nouveaux services de proximité nécessiteront une expertise locale liée à la valorisation des données environnementales, culturelles ou encore des informations relatives au tourisme ou aux transports. A travers l’initiative Proxima Mobile, ce sont ces nouveaux emplois, non-délocalisables, qui sont encouragés.

Comme le secteur des jeux vidéos où les studios français sont considérés en pointe au regard du monde, pensez-vous que l’industrie des télécoms en France doit s’organiser pour profiter des nouveaux usages sur Smartphones ?
Nous considérons que la France et l’Europe peuvent occuper une place cruciale dans le domaine des services sur mobiles. Avec un marché unifié des communications mobiles parmi les plus importants au monde et un tissu très dense de PME innovantes, l’Union européenne dispose d’acteurs clés pour développer les nouvelles générations de services numériques qui accompagneront les usagers. De plus, l’Europe dispose de gisements d’informations touristiques, culturels et géographiques parmi les plus attractifs au monde. Ces données peuvent servir de base pour l’élaboration de nouveaux services à valeur ajoutée, à la fois pour l’Internet mobile et pour l’Internet des objets.
A l’image des secteurs des télécoms et des services en lignes, d’autres domaines voient leurs activités se diversifier à mesure que ces technologies se développent. L’apport des services numériques mobiles peut être considérable dans certains secteurs comme celui des transports et de la production d’énergie car ces outils révolutionnent non seulement leurs modes de fonctionnement internes mais permettent de faire émerger de nouveaux services pour les usagers. La rencontre entre les technologies de l’Internet et les technologies du réseau électrique intelligent représentent un véritable gisement d’opportunités pour le secteur des TIC en Europe. Par exemple, la mise en place de capteurs sur le réseau électrique mais aussi chez les abonnés (entreprises et particuliers) permettra de réaliser d’importantes économies. De plus, ces nouveaux services pourraient générer un écosystème industriel (pour les terminaux et les capteurs) et être aussi à l’origine de nombreux services à haute valeur ajoutée en Europe.

La réflexion entamée il y a quelques jours sur « la neutralité du web », comportera-t-elle un volet mobile ? Web et web mobile sont-ils à envisager comme deux versants d’une même réalité numérique ou s’agit-il à votre sens de deux débats distincts ?
Le débat les systèmes mobiles constitue l’un des volets importants de cette consultation sur la neutralité de l’Internet. A mesure que les citoyens utiliseront ces nouveaux services, il est important qu’ils puissent bénéficier des mêmes ressources que celles dont ils bénéficient sur l’Internet fixe. Cependant, il convient aussi de noter que le spectre de fréquences sur lequel sont basées les communications mobiles est pour l’instant limité et la gestion de la bande passante se pose dans des termes différents sur les mobiles. Mais à terme, quelles que soient les modalités d’accès, il ne doit exister qu’un seul réseau pour les utilisateurs d’Internet.

L’arrivée de services mobiles à vocation administrative (Pôle Emploi, Assurance Maladie, services de préfecture…), au-delà des serveurs vocaux interactifs généralement mis en place, est-elle envisagée ?
Les services du portail Proxima Mobile évolueront pour intégrer d’autres services publics. Progressivement, les services liés à l’administration électronique qui existent sur le web migreront sur les plateformes mobiles. De nombreux établissements publics participent déjà aux services du portail Proxima Mobile et c’est justement l’un des objectifs de ce portail que de permettre de rapprocher des acteurs publics et des PME innovantes.

À titre personnel, un des projets retenus pour Proxima vous a-t-il particulièrement étonné, ému voire même bluffé ?
J’ai particulièrement apprécié le service Comuto qui permet à des personnes d’accéder facilement à des solutions de covoiturage depuis le mobile. Un autre service remarquable est celui des collections du Musée du Louvre. Ce service a aussi montré que nous pouvions créer au sein du portail Proxima Mobile des services parmi les plus attractifs au monde puisqu’il a déjà été téléchargé par 2 millions d’utilisateurs dont 60 % aux États-Unis.

Questions David Mas et Denis Verloes pour Mobile en France

Merci à Mme Nathalie Kosciusko-Morizet d’avoir pris le temps de répondre à nos questions de blogueurs


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L'Auteur:

Denis Verloes

Chef de projet web et mobile depuis 2001. En agence et chez l'annonceur.  Initiateur du réseau Mobile en France en 2010.